15.07.2007

MIGRATIONS AFRICAINES ET VIOLENCES : Où est le danger ? Où est la vérité?

medium_logoATTAC.gifAminata Dramane Traoré, Ancienne ministre (MALI), essayiste, Animatrice du FORAM


1. "C'est l'Afrique qui est en danger"

Avec la fin des élections législatives, la France a tourné l'une des pages les plus tumultueuses et les plus édifiantes de son histoire sans que, par ici, au Mali, au Cameroun, au Niger e tailleurs, dans ses anciennes colonies d'Afrique, nous ayons mesuré toute la gravité du tournant dont il s'agit pour nous.

Pour les cinq années à venir, elle est de droite, libérale etdécomplexée. Ainsi l'a voulu la majorité des Français et desFrançaises, dans le cadre d'un processus électoral où tout, ou presque tout, passe au peigne fin, sans tabou contrairement à nos démocraties balbutiantes où la transparence des urnes prime sur le débat de fond quant à notre sort dans un monde dit globalisé mais en réalité compartimenté, dont nous sommes le parent pauvre ainsi que le paria. C'est d'abord en cela que nous sommes en danger. Car, contrairement aux Français qui ont les moyens et la latitude de se battre pour leurs acquis sociaux, quelle que soit la force de la vague bleue, l'effet Tsunami est garanti pour nous, Africains, faute de contre-pouvoir et de système de défense.

Le changement générationnel que nous appelions, nous aussi, de tous nos vœux, avec la fin de l'ère Chirac, a bien eu lieu, sauf que notre continent est sacrifié sur l'hôtel du marché roi. N'entendez-vous pas au large des côtes de l'Atlantique et de la Méditerranée les cris des milliers de jeunes naufragés qui doivent ce destin cruel à la primauté des valeurs marchandes sur le droit à la vie. La droite française qui les revendique haut et fort n'est décomplexée que par rapport à l'enrichissement, ici et maintenant, aux crimes économiques du passé et à venir ainsi qu'au repli identitaire. Car pour aller vite, dans l'accumulation des richesses, il vaut mieux être entre soi, parler la même langue, pratiquer la même religion et avoir la même couleur de peau.

L'immigration zéro de l'extrême droite n'étant pas réalisable, à moins d'exterminer tous les non-blancs, l'immigration choisie fera l'affaire.

L'Afrique noire paie un tribut particulièrement lourd à cet ordre arrogant, sélectif, nécessairement autoritaire et violent. Pour rassurer une opinion publique française sous hypnose mais malgré tout consciente de ses valeurs de justice et de fraternité, on tâchera d'arroser la fermeté d'un zeste d'humanité. C'est ainsi que le ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du co-développement, Brice Hortefeux, s'est penché il y a quelques jours à Toulon, sur les dépouilles de dix-huit de ces milliers d'hommes, de femmes et d'enfants que la fermeté condamnent à voyager dans l'ombre. Il n'a pas pu s'empêcher de rappeler face à ces corps sans vie, qu'ils "étaient tous des candidats à l'immigration clandestine tentant de rejoindre illégalement les terres européennes".

Le mal dont nous sommes devenus malgré nous le symbole sera combattu avec une "fermeté" certaine quand il s'agit de nous, les Africains. Le ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, aurait tout aussi bien pu s'appeler "le ministère du tri et de la mise à distance des Africain(e)s que la droite libérale, juge inutiles à la France".

La plupart des passagers des vols d'Air France, vers les différentes capitales africaines, seraient de cet avis. Ceux du vol AF 796, le 26mai 2007ont assisté à l'une de ces scènes qui édifient quant au sort réservé aux humbles et aux laissés pour compte "On croit d'abord à une bagarre entre passagers. Certains veulent les séparer mais en sont vite dissuadés par les policiers qui se font alors connaître. S'ensuit une scène d'une grande violence : l'un des policiers pratique un étranglement sur le passager, l'autre lui assène de grands coups de poing dans le ventre. Ses hurlements se transformèrent en plaintes rauques. Cette tentative de maîtrise dure dix minutes, peut-être plus et suscite immédiatement chez les passagers un mouvement de protestationqui n'a aucun effet sur les violences en cours… Sous les huées des passagers, l'homme finit par être immobilisé et sanglé. Il perd connaissance, yeux révulsés, langue pendante, écume au lèvres…"

Et gare à ceux et celles qui ont le malheur de voir que leurs semblables souffrent, entendent leurs cris et réagissent. Une "notice d'information" du ministère de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire leur rappelle que la décision de reconduite d'un étranger est un acte légitime de l'Etat français. Ceux qui, à l'instar de Michel Dubois, n'écoutent que leur cœur et réagissent risquent d'être poursuivis. A la criminalisation des migrants s'ajoute celle de la solidarité et de la citoyenneté. A nous d'affronter seuls la peur et la honte des expulsions, c'est à dire la mise à distance et à l'index. Au fur et à mesure que les distances se rétrécissaient du fait des
progrès des moyens de transport et de communication, nous avions espéré que nous pourrions rencontrer les autres, nos semblables, et que entre Français et Maliens, Européens et Africains libérés de nos préjugés et de nos peurs, nous allions enfin nous apprivoiser mutuellement. C'est Antoine de Saint-Exupéry qui dit que si nous nous apprivoisons, nous aurons besoin l'un de l'autre. Il n'avait pas vu venir la mondialisation marchande et déshumanisante, dans laquelle tout se mesure en termes de taux de croissance et de PIB. C'est ainsi que l'ancien
ministre de l'Intérieur est venu nous notifier à Bamako que la France n'a pas économiquement besoin de l'Afrique.

De quel côté se situe donc le danger ? Du côté des morts, dont les 4 000 naufragés des dix derniers mois de 2006, ainsi que des dizaines de milliers de morts-vivants que sont les expulsés, ou du côté de la très riche et puissante Europe dont les membres, en l'occurrence la France, ont balisé eux-mêmes les voies migratoires en allant à la conquête des pays d'origine des "indésirables".

Les évènements dramatiques de Ceuta et Melilla en septembre/octobre 2005, suivis des émeutes des banlieues et de l'occupation du gymnase de Cachan par des « sans papiers », étaient de la part des "nouveaux damnés de la terre" autant de cris et de gestes de désespoir pour rappeler que si le monde est devenu dangereux, ce sont eux qui sont en péril. Mais la France ne semble pas avoir compris. Quant à l'Afrique des dirigeants politiques acquis au dogme néolibéral, elle s'est voilée la face et continue de se réfugier dans un silence coupable.

Les six grévistes de la faim de Cachan le soulignent dans leur lettre au Président de la République française, lorsqu'ils disent "Nous ne sommes ni des criminels, ni des profiteurs…Nous ne sommes pas dangereux, mais en danger".

2. Où est la vérité ?

Les puissants de ce monde voudraient, malgré tout, avoir le monopole de la vérité et de la justice. Les problèmes sont délibérément mal posés pour "légitimer les odieuses solutions qu'on leur apporte", faisait déjà remarquer Aimé Césaire dans son lumineux « Discours sur le colonialisme ».

Les électeurs(trices) français(e)s et européen(ne)s qui se laissent piéger par le spectre d'une invasion de leurs pays et, d'une manière générale, de l'Europe, par des migrants "illégaux", "clandestins", "sans papiers", seraient plus solidaires avec ceux-ci s'ils savaient que la mondialisation dont ils redoutent tant les méfaits est allée fort loin en Afrique dans la destruction de l'emploi, notamment celui des jeunes, du lien social et des écosystèmes.

Dans son appel "fraternel" à tous les Africains, le nouveau Président de la France qui se promet de nous "aider à vaincre la maladie, la famine, la pauvreté et à vivre en paix", commet la même erreur que lesautres dirigeants occidentaux. Ils s'interdisent de diagnostiquer les maux du continent à la lumière des conséquences de leurs propres appétits et convoitises de matières stratégiques. La crise du Darfour, pour laquelle la France se passionne tant avec son nouveau ministre des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, comme chef d'orchestre, ainsi que les flux migratoires africains dont elle préfère occulter les causes historiques et macro-économiques, souffrent de ce déficit théorique.

Du Biafra au Darfour, certains humanitaires privilégient la part de la destruction et de la souffrance humaine qui se laisse saisir et médiatiser. Ils taisent délibérément – dépendance financière oblige - les intérêts des nations riches et les enjeux géostratégiques qui, en lame de fond, déchirent le continent, attisent des rivalités et des conflits interethniques anciens ou nouveaux qui se seraient résorbés si la démocratie avait revêtu son sens véritable. Les prouesses des nouvelles technologies de l'information et de la communication n'aident en rien la maturité politique. Le vacarme mondial vise à cacher la vérité aux peuples. La sur médiatisation des famines et des guerres en Afrique à la veille des grand-messes de la communauté internationale est tout simplement indécente. Nous sommes offensés, ainsi que nos enfants au ventre ballonné, aux membres décharnés et aux regards écarquillés, comme surpris par l'horreur et l'hypocrisie qui caractérisent l'ordre du monde. Les images insupportables du Darfour,qui ont été largement diffusées pendant le dernier sommet du G8 à Heiligendamm (Allemagne), rappellent étrangement celles des victimes de la famine au Niger qui l'ont été tout autant en 2005, juste avant et pendant le sommet du même G8 à Gleneagles (Écosse). L'Afrique est assurément en danger lorsque la droite libérale et décomplexée rejoint, la main sur le coeur, le G8 en plaidant pour le Darfour alors que la chasse aux Noirs bat son plein au nom de l'immigration choisie.

L'Afrique n'est pas dans l'impasse pour avoir refusé de s'ouvrir à l'économie mondiale à laquelle sa participation en termes relatifs, est plus importante que celle des autres régions mais pour l'avoir subie depuis le commencement. Le scandaleux dossier des subventions américaines et européennes à leurs cotonculteurs et la manière dont l'Union Européenne veut arracher aux pays ACP des accords de partenariat économique qui les fragilisent prouve que pour gagner, les pays riches doivent tricher et sur toute la ligne.

Le FMI et la Banque mondiale se trompent sans arrêt de solutions et s'auto pardonnent; la France et les autres membres du club des riches font semblant de s'indigner devant les victimes du Darfour alors qu'il s'agit du contrôle du pétrole face à une Chine boulimique et décomplexée, elle-aussi, quant à la bonne gouvernance, selon les règles de l'Occident.

Pourquoi les mêmes puissances mondiales n'ont pas réagi avec le même compassion face aux millions de morts et de déplacés des guerres de la Région des Grands lacs? Et pourquoi ne viennent-ils pas immédiatement, avec les moyens financiers et technologiques requis au secours des centaines de millions de jeunes, qui d'un bout à l'autre du continent, sont éjectés des économies locales et nationales au nom de la rigueur et de la compétitivité. S'ils étaient sincères et cohérents dans ce qu'ils disent et font, les flux migratoires africains s'estomperaient.

La quasi-totalité des candidats africains à l'émigration légale et illégale, ne songeraient pas à quitter leurs pays si, au lieu des fausses annulations de dette du G8 et des conditionnalités, l'Afrique enregistrait des efforts substantiels sans chantage et sans ingérence aucune.

3. Que dire du fameux codéveloppement ?
Le codéveloppement peut être résumé dans les circonstances actuelles comme la touche d'humanité sur laquelle comptent les artisans de l'immigration choisie, à la fois pour freiner les départs, pour favoriser le retour de ceux qui se laissent convaincre, leur participation au développement de leurs pays d'origine. L'approche sécuritaire et l'approche développementaliste sont ainsi appelées à faire bon ménage. N'est-ce pas effarant de constater ainsi qu'un simple colmatage de brèches, assorti d'un accompagnement institutionnel plus ou moins probant, devienne, en l'absence d'un bilan rigoureux des résultats acquis, une porte de sortie à un drame humain d'une si grande ampleur? Je suis littéralement ahurie quand j'apprends qu'il s'agit d'étendre à tous les pays de l'Afrique subsaharienne, des projets du type de ceux qui sont mis en œuvre au Mali. Car, j'ai beau regarder autour de moi, je ne vois rien de pertinent et de convaincant, de natureà retenir les jeunes candidats au départ, ou les 1700 cobayes qui, depuis 1995, ont participé au codéveloppement. J'ai plutôtl'impression qu'il s'agit d'une tentative de détournement du projet migratoire de son objectif initial qui, pour la grande majorité des
migrants, est l'aide à leurs familles. La pertinence du concept tiendrait au fait que les migrants eux-mêmes se sont investis depuis les années 60 dans des actions de développement de leurs localités et pays d'origine.

Le codéveloppement serait un progrès parce qu'il innoverait en rentabilisant davantage l'argent des migrants par le truchement de l'investissement productif. Rien n'est moins certain tant que l'on n'aura pas desserré l'étau de la dette extérieure, des conditionnalités des bailleurs de fonds et dénoncé le caractère déloyal du commerce mondial. À qui les jeunes candidats à l'immigration ou des migrants de retour vendront-ils quand les marchés sont inondés de biens subventionnés venus d'Europe et d'ailleurs, auxquels il faut ajouter les produits chinois bon marché.

Si le codéveloppement n'est que leurre et la coopération au développement un pillage, la perspective d'expulser 25 000 personnes par an dans des pays ruinés par le système néolibéral est plus qu'inquiétante. Les pays riches sont certainement libres de se barricader et de ne pas accueillir la misère du monde pourvu qu'ils ne contribuent pas à la secréter et à l'aggraver en amont par leur comportement de prédation et de sabotage de processus de démocratisation.

Puissent les électeurs et électrices de France et des autres pays européens piégés par le discours alarmiste des combattants de l'immigration clandestine se souvenir, au moment de glisser leur bulletin dans l'urne, que l'ennemi africain - arabo-musulman et subsaharien - est une construction politique. Qu'ils se souviennent surtout que leur vote engage également notre destin.

Bamako, le 13 juin 2007

COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°572)

Vendredi 13/07/07
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06.05.2007

Estimations à 20h00 : Un homme, une femme, une femme, un homme ?

medium_sarkozy_2028_20nov_20rogne.jpgNicolas Sarkozy élu président de la République avec un score proche de : 53,06 %








medium_Sego_20affiche_20officielle.jpgSégolène Royal : 46,94 %










medium_file_224856_443379.3.jpgLa France a choisi : A DROITE TOUTE !







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Les résultats très certainement connus dès avant 18h00 ce dimanche, les communes qui ont dans la couronne parisienne, majoritairement votées pour la candidate socialiste (60%), se sont vues envahir cet après-midi par des compagnies de CRS, par crainte d'incidents selon France Info (18h40-19h30).

Vous en aviez rêvé, la France bleue CRS est enfin là !

medium_RAG341.645.pngRAG 34. Lolo34 et les lolo's 34

20:05 Publié dans 002 RECONSTRUIRE LA GAUCHE : Devoir d'audace ! , 003 BATTRE LA DROITE : Contredanse hongroise , 007 POSITIVE PRECARITE ! , 01 Enfants Scolarisés Sans Papiers , 02 URGENCE LIBAN ! , 04 AFFAIRE Jean-Pascal COURAUD , 06 Grain de sable (courriels d'ATTAC). , 11 La lettre hebdo de René REVOL , Actualités , Associations , Auto/Moto , Bons plans , Bricolage/Jardinage , Chasse/Pêche , Coup de coeur/Coup de griffe , Cuisine/Gastronomie , Débat/Forum , Economie , Famille , Francophonie , Loisirs/Culture , Musique , Nature/Environnement , Photos/Dessins , Politique , Sport , Tauromachie , Traditions , Voyage/Tourisme , Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Le winner est SARKOZY !

05.03.2007

Le nouveau mur de l'argent : réalités de la globalisation financière

Notre hypothèse est que l´histoire monétaire et financière que la France a connue dans l´entre-deux guerres (avec les gouvernements du Cartel des gauches) est en train de se répéter, mais, cette fois-ci, dans une dimension autrement plus importante puisqu'elle se situe à l´échelle mondiale : un nouveau « mur de l´argent » est dressé depuis une dizaine d'années par les grandes banques internationales qui a pour résultat de contrer la volonté des politiques et notamment des gouvernements démocratiquement élus. C´est à l´architecture, la construction et les dangers de ce mur que se rapporte notre analyse.

Comment le processus de globalisation financière a-t-il pu aboutir à un tel résultat ?
Le coeur du processus, appuyé sur les argumentaires des théoriciens libéraux des années 60, a stratégiquement visé la libéralisation, de la tutelle des États, de deux prix de marché : le taux d´intérêt d´unepart (libéralisation interne), et le taux de change d´autre part (libéralisation externe). Ces bases ont donné aux épargnants, grâce
à des taux d´intérêt réels redevenus positifs, une place centrale dans le financement d´économies, dominées désormais par les marchés financiers.

Cette libéralisation a d´abord provoqué, durant les années 80 et au début des années 90 une montée vertigineuse de la finance directe au détriment du crédit bancaire traditionnel. Mais, l´instabilité des
prix propre à ce type de financement a engendré également une «innovation financière », dite foisonnante, mais destinée paradoxalement à couvrir, en réalité, les risques liés au
fonctionnement même de ces marchés. Il faut en effet se couvrir contre les variations intempestives des taux d´intérêt et des taux de change.

Le résultat ? Une démesure totale des transactions sur les marchésmonétaires et financiers qui tient à la place prise non seulement par la « marchéisation » du financement, mais surtout par le besoin de couverture engendré par ce financement, qui, lui-même, entraîne mécaniquement des comportements spéculatifs. Il faut alors proposer une évaluation précise de l´emprise de la finance globale sur l´économie réelle. Des tableaux inédits, exprimés dans une nouvelle unité de mesure (le tera-dollar, soit mille milliards de dollars), offrent une vision cohérente des flux financiers (capitaux) et des flux réels (biens et services) qui traversent désormais l´économie mondiale*. On sait qu´une façon de mesurer l´explosion de ces marchés est de constater le volume des liquidités qui transitent sur les marchés interbancaires : 1155 téra-dollars, à comparer, par exemple, sur la même période (l´année 2002), au volume des transactions sur biens et services de la planète entière : 32,4 téra-dollars.

Cette hypertrophie actuelle des transactions de la finance globalisée justifie de parler de « mur de l´argent ». Ce mur est certes fait de liquidités énormes qui transitent à l´intérieur des systèmes de règlement, ce qui les soumet à un risque systémique croissant. Mais surtout, il se bâtit sur des comportements d´acteurs dont la logique est celle de prélèvements de valeur sur l´activité économique : sur valeur actionnariale, coûts de transaction et plus values spéculatives sur produits dérivés, ainsi que surcoûts de financement en raison du niveau atteint par les taux d´intérêt réels. Une des conséquences les plus graves du poids croissant de cette finance nouvellement libéralisée est son impact considérable sur l´économie réelle. De nouvelles normes de gestion ont été ainsi imposées par les investisseurs financiers aux entreprises, transférant massivement les risques sur les salariés et sur les futurs retraités. Les principes de la nouvelle gouvernance des firmes sont là pour rappeler aux chefs d´entreprise que le profit pour l´actionnaire doit guider essentiellement leur action.

La combinatoire de ces différents prélèvements sur l´activité, et les transferts de risque qui y sont associés forme, en quelque sorte, le ciment de ce mur d´argent, ce que nous avons aussi appelé le nouveau paradigme de la finance globalisée. Celui-ci se caractérise, sur le plan financier, par l´émancipation de la liquidité de la tutelle des banques centrales. Pour le dire autrement, les Banques centrales sont, dans ce nouveau régime, contraintes d´alimenter les marchés monétaires et financiers de la liquidité dont ceux-ci ont continuellement besoin. Autant dire que ce suivisme leur fait perdre le pouvoir de régulation qui était le leur auparavant, et notamment leur pouvoir d´action sur la gamme des taux d´intérêt.

Ce nouveau régime d´accumulation se caractérise alors par des cycles récursifs qui se combinent à l´échelle internationale, ce qui le rend intrinsèquement instable : cycle financier provoqué par la prise de risque excessive des firmes sous la contrainte de la valeur actionnariale, et cycle récursif des produits dérivés, alimenté par les incertitudes de marché, elles-mêmes générant une bulle qui ne cesse de grossir.Cette instabilité est amplifiée, en outre, par des dérives spéculatives et mimétiques de certains investisseurs financiers. Ces comportements sont souvent à l´origine de graves dysfonctionnements, ou de crises monétaires et financières, à impact planétaire en raison des effets de contagion. Ces dérives actuelles trouvent en partie leur source dans des logiques spéculatives particulières, celles notamment de certains intervenants qui cherchent à manipuler les marchés à terme.

Finalement, lorsque l´on cherche à cerner les forces dirigeantes qui sont à l´oeuvre dans le nouveau régime d´accumulation, une réalité émerge fortement, depuis une dizaine d´années : le pouvoir devenu considérable des plus grandes banques internationales. Celles-ci sont le plus souvent à l´origine de l´innovation financière liée aux produits dérivés ; elles dominent le marché des swaps au point d´exercer un pouvoir de marché sur la formation de leur taux, taux qui sont aujourd´hui les taux référents de l´ensemble des marchés monétaires et financiers ; enfin, depuis peu, elles ont pris le contrôle des sociétés qui gèrent les fonds d´investissement pour le compte de tiers, qui sont à l´origine de la valeur actionnariale et, par conséquent, de la financiarisation de la gestion des firmes.

Depuis les années 1990, quelques dizaines de banques ont ainsi conquis le vrai pouvoir de régulation monétaire : ce sont elles désormais qui dictent effectivement l´évolution des taux d´intérêt, et non plus les banques centrales. En raison de leur petit nombre d´une part et de leurs profits financiers considérables d´autre part,
nous défendons l´idée que ces banques forment aujourd´hui un oligopole particulièrement puissant à l´échelle internationale. Reléguant les banques centrales au second plan, c´est-à-dire lescantonnant à de simples pourvoyeuses de la liquidité dont il a besoin, cet oligopole est le véritable régulateur des marchés
monétaires et financiers mondiaux. C´est lui qui est le maître d´ouvrage du mur de l´argent qui se bâtit sous nos yeux.

Cet oligopole n´est évidemment soumis ni à un contrôle politique, ni a fortiori à un contrôle démocratique. Tout juste est-il contraint par des règlements prudentiels de portée limitée et élaborés pragmatiquement a posteriori, ou encore par des normes issues d´une autorégulation professionnelle, une fois que les difficultés ou
les catastrophes ont été malheureusement constatées.

La question qui se trouve désormais posée est donc bien celle d´une régulation des activités de cette finance globalisée et de ce noyau oligopolistique. Comment produire les contre-pouvoirs efficaces face aux tentations hégémoniques de cette sphère et de ses principaux acteurs, dont le résultat est une croissance des inégalités et une instabilité chronique ?

Nous touchons avec cette dernière question, le contenu potentiellement explosif des rapports entre cette finance globalisée et la démocratie. On peut en faire le constat : d´un côté, des sociétés démocratiques en Europe, mais aussi un peu partout dans le monde, voient se succéder des majorités alternantes, avec
souvent des basculements forts, qui traduisent des mécontentements profonds (comme en atteste également
l´installation durable d´extrémismes nationalistes) ; on y dénonce l´absence de projets, ou lorsqu´il y en a un, celui-ci se borne à demander « l´accompagnement », jugé inévitable, de la mondialisation économique ; il faut par conséquent « s´adapter » à cette nouvelle donne par des « réformes indispensables ». De l´autre côté, une finance libéralisée et son noyau oligopolistique de plus en plus puissants, avec ses propres codes et ses propres
valeurs, ne rencontrent guère d´obstacles sur leur chemin. Certes, des bulles et des scandales émaillent son expansion ; mais, l´adaptation des règles prudentielles, l´adoption de chartes de bonne gouvernance, ou le renforcement des autorités de régulation ont pour objectif de pallier les erreurs de parcours qui sont jugées seulement regrettables. La question redoutable posée par cette expansion est donc en définitive de savoir si la finance globale n´exerce pas des effets dissolvants sur nos sociétés démocratiques.

En conclusion, il faut alors introduire une piste de réflexion pour une autre régulation de la finance globale. La réponse ne peut pas être seulement partielle comme, par exemple, la taxe Tobin. Celle- ci ne s´intéresse qu´aux flux de capitaux à court terme qui transitent sur le marché des changes, soit un compartiment très particulier de l´un des marchés de cette finance globale. À question globale, ne faut-il pas une réponse globale ? D´où notre proposition principale concernant une nouvelle architecture de régulation : la création, à
son sommet, d´un régulateur global, qui sera en capacité de faire face à cette finance internationale, non pas à travers un seul de ses compartiments, aussi important fût-il, mais conjointement à l´ensemble de ses activités. Les dernières pages de l'ouvrage que nous avons consacré à ce sujet* s'achèvent par un exposé précis de ce nouveau système, mais aussi par celui des résistances, plus que probables, qu'il rencontrera.

Essai sur la finance globalisée, Editions du Seuil, 2006
François Morin, professeur de sciences économiques - université de Toulouse 1, membre du Conseil de la Banque de France (1985-93). Cet article est un bref exposé de la thèse présentée dans le dernier ouvrage de F. Morin : Le nouveau mur de l'argent : essai sur la finance globalisée, Seuil, 2006.

ATTAC : Grain de sable

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RAG 34. Les Lolo's 34

16:34 Publié dans 009 LIRE , 06 Grain de sable (courriels d'ATTAC). , Actualités , Associations , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ATTAC, GLOBALISATION, MONDIALISATION, RAG 34

19.01.2007

Une autre Afrique est possible !

7ème édition du FSM : une autre Afrique est possible !
La septième édition du FSM se déroulera du 20 au 25 janvier 2007 à Nairobi au Kenya (http://www.wsf2007.org). Plusieurs dizaines de milliers de Kenyans y sont attendus, et plusieurs milliers de délégués d'organisations du monde entier. Un millier d'activité y sont enregistrées dans un cadre autogéré similaire à celui de Porto Alegre en 2005. Une délégation d'Attac France, composée d'une vingtaine de personnes, y participera autour de sujets comme les taxations internationales, l'annulation de la dette, les alternatives au libre-échange,la situation africaine, le défi écologique, l'exclusion,la question féministe, le renforcement du mouvement altermondialiste... Convoqué pour la première fois en 2001 dans la ville brésilienne de Porto Alegre par des organisations civiques locales, le FSM s’y est tenu à
trois reprises avant de se déplacer à Mumbai, en Inde, en 2004, revenir à Porto Alegre en 2005, et s'organiser en 2006 en trois endroits : à Bamako au Mali ; à Caracas au Venezuela ; et au sein de la capitale économique du Pakistan, Karachi. Cette année, le FSM est à nouveau concentré en un seul lieu et c'est le continent africain qui est mis à l'honneur. L'enjeu est important : il s'agit d'approfondir et d'élargir le processus des Forums sociaux à toute l'Afrique et ainsi de rendre visibles les acteurs de la transformation sociale et démocratique sur ce continent ; renforcer le processus de convergences des mouvements sociaux à l'échelle mondiale ; poursuivre le travail d'élaboratoin d'alternatives à partir de l'orientation stratégique qui s'est progressivement imposée à travers les Forums et que rappelle Gus Massiah dans ce numéro du Grain de Sable : "à l'organisation des sociétés et du monde par l'ajustement au marché mondial et la subordination au marché mondial des capitaux, nous opposons l'organisation des sociétés et du monde autour du principe de l'accès aux droits pour tous".

Dans ce numéro

1. UN NOUVEAU CYCLE DES FORUMS SOCIAUX MONDIAUX
Le mouvement altermondialiste n’est pas en panne. Il est de bon ton d’annoncer son essoufflement, et pourtant il ne cesse de s’élargir et de s’approfondir. Elargissement géographique d’abord comme en témoigne les Forums sociaux mondiaux de Porto Alegre, Mumbaï et demain Nairobi ; le forum polycentrique de Bamako, Caracas et Karachi ; les forums continentaux et les forums nationaux dont celui des Etats-Unis en juin 2006 à Atlanta ; la cascade ininterrompue des forums locaux. Elargissement social avec les mouvements paysans dont les mouvements de sans-terre, les syndicats ouvriers, les No-Vox dont les Dalits, les comités de quartiers dégradés et de bidonvilles, les forums de migrants, la marche mondiale des femmes, les camps de jeunes. Elargissement thématique avec les forums thématiques comme ceux de l’éducation, de l’eau et les forums associés des autorités locales, des parlementaires, des juges, etc. (…)
par Gustave MASSIAH

2. DYNAMISME ET DEFIS DES MOUVEMENTS SOCIAUX DANS LE SUD
Comprendre les mouvements sociaux du Sud - les conditions de leur émergence, leurs stratégies et leurs portées - demande avant tout de porter l’attention sur la spécificité des contextes sociopolitiques,
institutionnels et économiques dans lesquels ils s’enracinent. La diversité des situations s’impose à l’observateur –quoi de commun entre le Venezuela « bolivarien » et les monarchies du Golfe ? –, au point que la tenue d’un discours général sur « les mouvements sociaux du Sud » semble difficile à concevoir. Reconnaissons cependant un grand trait commun aux pays du Sud, qui n’est pas sans conséquences sur l’évolution de leurs sociétés civiles : aucun d’eux n’échappe à deux tendances qui correspondent à deux discours forts de la communauté internationale -l’impératif démocratique d’une part et la libéralisation des marchés de l’autre. Bien sûr, commetoutes les tendances, celles-ci se déclinent etse combinent différemment d’un pays ou d’une région à l’autre, et sont objet de résistances et d’instrumentalisations diverses par les acteurs sociaux et institutionnels, internes et externes. (…)
Par François POLET

3. UNE RAME DE MÉTRO EN MOUVEMENT
Selon les grands médias, adeptes, comme les marchés financiers, de la prédiction créatrice (la fameuse self-fulfilling prophecy), ce que l’on appelle le mouvement altermondialiste serait entré dans une période de basses eaux. Pour se faire une opinion raisonnée sur la question, encore faudrait-il être en mesure de définir ce mouvement, de mettre au jour ses objectifs proclamés et ceux qu’il a atteints, et surtout de
réfléchir à la place qu’il sera conduit à occuper dans des contextes politiques nouveaux. Des contextes qu’il a d’ailleurs lui-même contribué à façonner. (…)
Par Bernard CASSEN

4. L’ENVIRONNEMENT, UN ENJEU MAJEUR POUR LES FORUMS SOCIAUX MONDIAUXParmi les neuf espaces proposés pour les activités du Forum de Nairobi, les documents préparatoires indiquent « l’accès universel aux biens communs et à la nature ».
C’est une vraie question car les forces économiques qui dominent le monde s’acharnent à accaparer la nature et les biens communs de l’Humanité, pour les transformer en champs de profit ; Le résultat de cet accaparement, c’est précisément le refus du libre accès à ces ressources et richesses ; les premières victimes en sont les peuples du Sud qui en dépendent directement pour leur subsistance. (…)
Par Jean CHESNEAUX

5. MANIFESTE NON GOUVERNEMENTAL EURO-AFRICAIN SUR LES MIGRATIONS, LES DROITS FONDAMENTAUX ET LA LIBERTE DE CIRCULATION
Nous, acteurs des sociétés civiles d’Afrique subsaharienne, d’Afrique du Nord et d’Europe, réunis en Conférence non gouvernementale euro-africaine les 30 juin et 1er juillet 2006 à Rabat, indignés par la guerre aux migrants qui s’amplifie d’année en année le long des côtes méditerranéennes et atlantiques, refusons la division de l’humanité entre ceux qui peuvent circuler librement sur la planète et ceux à qui cela est interdit, refusons également de vivre dans un monde aux frontières de plus en plus militarisées qui segmentent nos continents et veulent transformer chaque groupe de pays en forteresse. (…)
http://www.migreurop.org/article926.html

6. LES AFRICAINES DANS LE PIEGE DE LA PAUVRETE ET DES MALADIES
Un des principaux avatars de la féminisation de la pauvreté est la vulnérabilité des femmes africaines face à des fléaux comme le VIH Sida, affirme Mouhamadou Tidiane Kassé. Peu d’argent est investi sur la recherche médicale des pandémies qui affectent plus les femmes et les stratégies néo-libérales dénient à ces innocentes victimes l’un de leurs droits les plus élémentaires, à savoir l’accès à des soins de santé. Malheureusement, le mouvement altermondialiste n’a pas encore pu infléchir cette dynamique dictée d’en haut. (…)
Par Mouhamadou Tidiane KASSE

7. LA LUTTE POUR L’ANNULATION DE LA DETTE DANS UNE PERSPECTIVE HISTORIQUE
A l’échelle historique, la lutte internationale pour l’annulation de la dette des pays du Tiers Monde est assez récente : elle a à peine plus de vingt ans. Elle rejoint de grands combats et de grandes campagnes
internationales comme celle en faveur de l’abolition de l’esclavage (18e-19e siècles), celle en faveur de la journée de huit heures (à la base de la fête du 1er mai dès la fin du 19e siècle), celle pour le suffrage universel, celle pour l’égalité homme-femme, et j’en passe de nombreuses, tout aussi importantes, qui ont marqué et marquent encore la lutte des opprimés pour leur émancipation. (…)
Par Eric TOUSSAINT

COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°560)
Jeudi 18/01/07

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12.08.2006

LE LIBRE-ECHANGISME SUR LA SELLETTE

La suspension sine die des négociations du cycle de Doha, dit « du développement », de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), annoncée à Genève le 24 juillet dernier par son directeur général, M. Pascal Lamy, est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

Une très mauvaise nouvelle, à en croire les médias dominants qui versent des larmes de crocodile sur le sort des pays pauvres prétendument affectés par la non conclusion d'un accord qui aurait facilité l'accès de leurs productions aux marchés des pays riches.

Pour comprendre l'imposture de ce discours, il faut d'abord démonter ses présupposés :

- Le premier, qui fonde tous les autres, est que l'ouverture totale desmarchés, le libre-échangisme sans limites, serait bénéfique à tous, pays et populations pauvres et riches. Les pays non industrialisés, mais qui voudraient le devenir, auraient, nous dit-on, tout à gagner à abaisser leurs barrières tarifaires aux produits industriels et aux services fournis par des firmes transnationales du Nord dont la productivité est sans commune mesure avec celle des entreprises locales. Ce n'est pas seulement le simple bon sens qui invalide une telle allégation, c'est aussi l'expérience. Les pays les plus fréquemment cités comme des « success stories » en la matière (la Corée, Taïwan) ont fait exactement l¹inverse : ils ont bâti leur industrialisation sur la protection de leur marché intérieur, de manière à permettre à leurs industries naissantes de ne pas être étouffées dans l'oeuf.

- Le deuxième est qu'il existerait un marché mondial des produits agricoles. C'est faux : plus de 90 % des produits agricoles sont consommés sur place. Seuls moins de 10 % sont exportés, pour une bonne part dans des conditions en totale violation des principes libre-échangistes. Aussi bien l'Union européenne (UE), via la politique
agricole commune (PAC), que les Etats-Unis subventionnent massivement leurs exportations dans ce domaine, causant la ruine des petits producteurs des pays du Sud, en particulier des cotonniers d'Afrique de l'Ouest.

- Le troisième est la confusion délibérément entretenue quant à l'accès des produits agricoles des pays du Sud aux marchés développés. On nous présente cet accès comme un facteur de développement, d'où l'hypocrite
désignation du Cycle de Doha. De quel accès s'agit-il ? Non pas des produits de l'agriculture paysanne, destinés à la consommation familiale ou locale, mais bien de ceux de la grande agriculture productiviste, de l'agro-business. Cette dernière ne change pas de nature au motif qu'elle serait de nationalité brésilienne ou argentine, surtout quand on sait qu'elle est souvent entre les mains de transnationales américaines ou européennes implantées sur place.

- La quatrième est la référence constante des médias, notamment économiques et financiers, aux gouvernements des pays du Sud pour tenter de culpabiliser les opposants au libre-échange. Or nombre de ces
gouvernements, celui du Brésil en tête, lorsqu'ils s'expriment à l'OMC, sont les porte-parole non pas des intérêts de leurs petits paysans, mais de ceux de l'agro-business. Ces gouvernements réclament à juste titre la
suppression totale des subventions aux exportations, acquise pour 2013, mais, dans une logique strictement libérale, ils s'opposent aux revendications de sécurité et de souveraineté alimentaires, donc de protection aux importations, que défendent les organisations paysannes du Nord comme du Sud regroupées dans La Via Campesina.
Une fois effectués ces rappels, on peut analyser l'échec de Genève et en tirer quelques enseignements. Une « réussite » du Cycle de Doha supposait un compromis global entre l'UE et les Etats-Unis, d'une part, et les grands pays émergents (Brésil, Inde, etc.) d'autre part : les premiers supprimaient leurs subventions aux exportations agricoles, et les seconds abaissaient leurs barrières douanières aux importations de
produits industriels, ainsi qu¹aux fournisseurs de services (assurances, banques, notamment) par le biais de l'Accord général sur le commerce des services (AGCS). Dans tous les cas, il s'agissait essentiellement de
satisfaire les revendications des grandes firmes transnationales des secteurs en question, et nullement, comme le dit la propagande libérale, de défendre les consommateurs. Dès lors qu¹un accord ne pouvait être conclu sur l'agriculture, c'est l'ensemble du « deal » qui capotait. C'est ce qui s'est passé en raison de l'attitude intransigeante de Washington : à quelques mois des élections de novembre au Congrès - où les républicains craignent de perdre le contrôle des deux Chambres -, le gouvernement Bush ne pouvait se permettre de s'aliéner les suffrages des « farmers ». Le commissaire européen chargé du commerce, M. Peter Mandelson, était, lui, disposé à aller très loin, et même au-delà de son mandat de négociation, dans la réduction des tarifs douaniers sur les produits agricoles afin de favoriser la percée des transnationales européennes dans les pays «émergents ». Avec comme conséquence inévitable la disparition d'un nombre accru d'exploitations, et une concentration supplémentaire du secteur. Dans la plupart des pays membres (mais pas en France), ce
secteur « pèse » en effet beaucoup moins en termes politiques que les grands lobbies de l'industrie et des services.

L'échec des négociations de l'OMC a été bien accueilli par le gouvernement français et par les mouvements paysans et altermondialistes, mais pas du tout pour les mêmes raisons. Le ministre de l'agriculture, M. Dominique Bussereau, pourra se prévaloir du maintien du statu quo auprès de ses amis de la Fédération nationale des syndicats d¹exploitants agricoles (FNSEA). Les seconds y voient un coupde frein à la généralisation de la logique du libre-échange. Car c'est bien de cela qu'il s'agit en dernière instance.

On objectera à juste titre que les Etats et ensembles d'Etats les plus puissants peuvent, par des traités bilatéraux, obtenir des Etats plus faibles ce qui leur a été refusé par des décisions multilatérales à l'OMC, et même davantage. Washington joue ouvertement cette carte, et l'UE s¹apprête à le faire également. La grande différence est que, dans ce dernier cas, les acteurs en présence sont bien identifiés et permettent des mobilisations populaires ciblées. Par exemple contre le traité de libre-échange signé, mais non encore ratifié, entre les Etats-Unis et le Pérou. Il est plus difficile de désigner clairementl'adversaire derrière un accord global à l'OMC.

La lutte contre l¹idéologie libre-échangiste, qui place l'expansion du commerce au-dessus de toutes les autres considérations - écologiques, sociales, de droits humains -, et qui a fait la preuve de ses ravages,
est progressivement en train de devenir une priorité pour les mouvements sociaux du monde entier, l'Amérique latine étant nettement en avance sur le reste du monde. Elle est évidemment combattue, bec et ongles, par les
économistes libéraux. Elle est cependant abordée avec beaucoup de réticence par certains de leurs collègues se réclamant de la gauche, et encore plus de l'extrême gauche : ils craignent l¹accusation, à leurs
yeux infamante, de velléités « protectionnistes » en contradiction, croient-ils, avec leur posture globale « internationaliste » et anti-étatique.

Cette confusion intellectuelle et politique les conduit à dénoncer le libre-échange - et comment pourraient-ils faire autrement -, mais à ne pas s'avancer sérieusement sur le terrain des alternatives. Comme s'il n'y avait pas à protéger des acquis de civilisation, des biens publics mondiaux, des populations paysannes, etc., tous laminés par une mondialisation libérale dont le libre-échange est le credo central.
LIRE : Le Monde diplomatique

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11:30 Publié dans 06 Grain de sable (courriels d'ATTAC). | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

11.08.2006

Ca tousse à l'OMC : SUSPENSION DES NEGOCIATIONS

UNE OUVERTURE POUR L'INSTAURATION DE REGLES COMMERCIALES DEDIEES AU DEVELOPPEMENT ET AUX DROITS
A l'OMC, les négociations viennent d'être interrompues sine die. Officiellement tout entier dédié "au développement", l'agenda de Doha n'aura pourtant jamais eu d'autre ambition que de parvenir à une libéralisation commerciale toujours plus grande. A aucun moment le contenu des accords n'a fait l'objet d' analyse d'impact en matière économique, écologique et social. Les représentants des Etats ont négocié en fonction des intérêts prioritaires de leurs firmes multinationales, de leurs lobbies productivistes, plutôt que des
impératifs d'amélioration des conditions de vie des plus pauvres et du respect des droits économiques, sociaux et culturels de tous les citoyens.

L'Union européenne a énergiquement promu cette libéralisation tout en masquant l'agressivité de ses exigences derrière un discours de solidarité avec les pays en développement. Elle n'a eu de cesse de promouvoir la libéralisation des services, d'obtenir un assouplissement des conditions d¹accès aux marchés non agricoles. Avec le soutien de la France, elle aura tout fait également pour défendre un système agro-productiviste, destructeur de la paysannerie familiale d¹Europe et du Sud. L'accès aux marchés du Sud grâce aux réductions drastiques des barrières tarifaires industrielles, ainsi que la conquête de nouvelles opportunités pour ses grandes firmes multinationales de services auront été ses premières priorités. La conquête de nouvelles opportunités pour
ses grandes firmes multinationales de services aura été la première priorité.

L'absence d'accord dans le cadre du cycle de Doha est une bonne nouvelle: elle est révélatrice de l¹impasse du modèle économique que promeut l'OMC depuis 1994. A nous maintenant d'en saisir l'opportunité pour conduire une remise en question profonde du modèle théorique associant mécaniquement croissance, commerceet développement, défendu par l'idéologie néo-libérale pour laquelle le libre-échange est le moteur essentiel.

Commission OMC-AGCS d'Attac France

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17:25 Publié dans 06 Grain de sable (courriels d'ATTAC). | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

04.07.2006

USA : L’OPPOSITION PREPARE L’OFFENSIVE A MESURE QUE LA CRISE DU FMI ET DE LA BANQUE MONDIALE S’AGGRAVE

WASHINGTON, le 24 avril: Les réunions de printemps de la Banque mondiale
et du Fonds Monétaire International se sont déroulées ce week-end avec
des cordons de policiers entourant les deux institutions au cœur de la
ville de Washington. Presqu’aucun manifestant n’était en vue.

Les choses se sont passées à l’intérieur, quelques pâtés de maisons plus
loin, à l’institut d’Etudes Politiques. L’opposition a mis la touche
finale à une campagne pour “destituer” les deux institutions. Pour les
70 militants venus de différentes parties du monde, présents lors de
cette rencontre de deux jours de préparation stratégique, l’absence
relative de manifestants dans la rue a été une déception. En fait, ils
savaient que les deux institutions traversaient la crise la plus
sérieuse depuis des années, une de celles qui constituaient une occasion
pour affaiblir leur emprise sur la direction de l’économie mondiale.

Une crise de légitimité au sein du FMI
La crise est encore plus aiguë au sein du Fonds Monétaire International.
D’après l’ancien cadre du FMI et de la Banque Mondiale, Dennis de Tray,
vice-président de l’Institut de Développement Mondial, le FMI ne s’est
jamais remis de la crise financière asiatique de 1997. “Il a dès lors
perdu sa légitimité” a-t-il déclaré lors d’un déjeuner-forum sponsorisé
par la Fondation Carnegie pour la Paix Internationale. Depuis cette
crise, des pays phares de l’Asie comme la Thaïlande, les Philippines, la
Chine et l’Inde ont restreint leurs nouveaux emprunts au FMI, ayant à
l’esprit les conséquences désastreuses des programmes de libéralisation
soutenus par le FMI que beaucoup de pays d’Asie avait adoptés, sous
instruction du Fonds, au début des années 90.

A la réticence des pays d’Asie de s’endetter davantage avec le Fonds
s’est ajouté un mouvement manifeste au sein des pays d’Amérique latine,
menés par le Brésil et l’Argentine, pour rembourser complètement le FMI
afin de prendre leur indépendance par rapport à une institution très
détestée dans la région.

Ce qui de fait constitue un boycott par ses plus grands emprunteurs
génère une crise budgétaire due au fait que les opérations du FMI,
depuis deux décennies, reposaient de plus en plus sur les intérêts
payés par ses clients les pays émergents plutôt que sur les
contributions des gouvernements des pays riches du Nord, qui se sont
déchargés du fardeau de contribuer au soutien de l’institution sur les
emprunteurs. Mais où le FMI trouvera-t-il des ressources, maintenant que
ses clients les pays-clés ont rompu leurs liens financiers ?

Prenant la parole au cours du même événement que de Tray, Ngaire Woods,
une experte de l’université d’Oxford sur le FMI et la Banque Mondiale, a
révélé que d'après les projections de la Banque Mondiale,
l’organisation verrait le paiement des charges et des intérêts réduits
de plus de la moitié, passant de 3,19 milliards de dollars en 2005 à
1,39 milliards en 2006, et encore de moitié en 2009, à 635 millions de
dollars, créant ce qu’elle décrit comme “une énorme pression sur le
budget de l’organisation”.

Problèmes à la banque
Bien qu’il n’y règne pas la même atmosphère de controverse et d’échec
qu’au FMI, des observateurs informés disent que la Banque Mondiale se
trouve également en crise. La Banque est en proie à une crise
budgétaire, d’après Woods : les recettes provenant des taxes et des
charges dues par les emprunteurs ont chuté de 8,1 milliards de dollars
en 2001 à 4,4 milliards de dollars en 2004.La Chine, l’Indonésie, le
Mexique, le Brésil et beaucoup de pays émergents s’adressent ailleurs
pour obtenir des prêts.

Toutefois, la crise budgétaire n’est qu’un aspect de la crise globale de
l’institution. De Tray, qui a été le cadre permanent du FMI à Hanoï et
le Représentant de la Banque Mondiale à Jakarta, affirme que les
politiques proposées comme remèdes par les économistes de la Banque sont
de plus en plus perçues comme inadéquates face aux difficultés
rencontrées par les pays en voie de développement. Il affirme que le
problème réside dans l’accent que met le secteur de recherche de la
Banque sur des techniques de fonctionnement économiques “de pointe”
d’après les standards académiques du monde occidental plutôt que sur des
connaissances qui seraient à la base de conseils politiques pratiques.
Plus de 10.000 personnes forment le personnel habituel de la Banque, la
majorité d’entre eux étant des économistes, et de Tray affirme “qu’il
n’y a pas de problème dans la Banque qu’un personnel réduit de 40% ne
pourrait résoudre”.

Woods appuie de Tray, écrivant dans un rapport récent que “la plainte la
plus répandue dans ce domaine est que le personnel du FMI et de la
Banque n’a aucune expérience sur les politiques à mener. Ayant obtenu
des doctorats en économie et en finances, le personnel est mal équipé
pour travailler dans les rouages complexes et chaotiques des systèmes
politiques dans lesquels ils sont plongés.”

Le mépris de la politique qui inhibe une grande partie du personnel dans
son rapport avec le monde des pays en voie de développement va souvent
de pair avec un aveuglement total sur le fait que des politiques plus
conséquentes que les politiques complexes des pays en voie de
développement ont une influence sur les politiques recommandées par la
Banque et le Fonds Monétaire.
Woods écrit que “Les politiques ont toujours eu une influence sur les
avis donnés par le FMI et la Banque”. “ Le premier accord formel entre
la Corée du Sud et le FMI, en 1997, était clairement assorti de
conditions ajoutées sous la houlette des Etats-Unis. Durant les années
90 en Russie, les pressions politiques du G7 ont forcé la Banque
mondiale à accorder des prêts, qui n’ont jamais été utilisés (mais pour
lesquels la Russie paie des intérêts), et poussé le FMI à fermer les
yeux sur les échecs dans l’atteinte de ses objectifs. Les projets de la
Banque Mondiale sont quelquefois guidés en sous-main par des accords en
amont sur des contrats passés entre de grandes firmes soutenues par des
gouvernements et des emprunteurs puissants”.

Comment cacher une crise
L’un des membres présents à la rencontre des organisations
non-gouvernementales à l’Institut d’Etudes Politiques était Robin Broad,
un professeur associé enseignant à l’Université américaine. Observatrice
de longue date de la Banque Mondiale, dont le livre “Une alliance
inégale : la Banque Mondiale et les Philippines” est considéré comme un
classique dans l’étude des relations de l’institution avec ses pays
clients, Broad affirme que la Banque Mondiale se trouve être davantage
en crise que le FMI mais que cela est moins perceptible par le public.

“Le FMI a réagi en se retranchant derrière ses quatre murs, renforçant
ainsi l’impression générale d’être en état de siège” a-t-elle déclaré.
“La Banque Mondiale a par contre impliqué le monde pour masquer sa crise
grandissante”.

Elle identifie trois phases dans la stratégie offensive de la Banque.
“D’abord, elle se met en avant en déclarant aux donateurs qu’elle est
l’institution la mieux placée pour accorder des prêts afin de mettre fin
à la pauvreté, en faveur de l’environnement, pour la lutte contre le
sida, ainsi qu’on le dit, alors que les faits prouvent que ce n’est pas
le cas. Deuxièmement, elle possède le département de recherche sur le
“développement” le plus grand du monde --avec une dotation d’environ 50
millions de dollars-- dont la principale raison d’être est de faire des
recherches soutenant des conclusions tirées à l’avance. Troisièmement,
elle abrite en son sein cet énorme département des affaires extérieures
doté d’un budget de 30 millions de dollars –une unité de relations
publiques qui alimente la presse avec des résultats de recherche
soi-disant objective qui promeut l’image d’une Banque omnisciente ».

“Mais cela ne peut pas durer”. conclut-elle. “A l’intérieur de la Banque
elle-même, tout le monde sait qu’elle en crise et qu’elle s’en sort
péniblement. Tôt ou tard la vérité finira par émerger si nous faisons
notre travail”.

La réaction à de nouvelles initiatives.
Au cours de la rencontre des ONG, la campagne contre la corruption menée
par le Président de la Banque Mondiale, Paul Wolfowitz, à grands
renforts de publicité a été rejetée car perçue comme une opération de
relations publiques destinée à renforcer la légitimité menacée de la
Banque. “Vous pouvez parler d’un hypocrite. Il était l’Ambassadeur des
Etats-Unis en Indonésie au milieu des années 80, alors que la corruption
impliquant des projets de la Banque Mondiale battait son plein, et il
n’a jamais rien fait contre cela.”, a déclaré Shalmali Guttal de
l’organisme Focus on the global South basé à Bangkok. “A peu près le
tiers de l’argent donné par la Banque Mondiale au gouvernement de
Suharto sur une période de trente ans, à partir du milieu des années 60
jusqu’au milieu des années 90, a fini dans les poches de l’entourage de
Suharto. Cela représentait 10 milliards des 30 milliards du programme de
prêt de la Banque Mondiale. En fait, Wolfowitz avait la réputation
d’être un grand ami du régime de Suharto.”
Le projet d’accroître le poids du vote des grands pays émergents comme la
Chine et le Brésil, de même que l’annonce qu’on soumettrait au vote de
“l’Initiative pour les Pays Très Endettés” - patronnée par la Banque -
le choix de nouveaux pays pauvres candidats à la réduction de la dette
ont rencontré un scepticisme profond. Le dernier était perçu comme une
opération de relations publiques destinée à consolider un programme
bancal alors que le premier était considéré comme une tentative
désespérée pour contrecarrer la tendance des pays en voie de
développement de se libérer de la dépendance des deux institutions.

La fin de toute réforme ?
Au cours de cette rencontre, on a peu parlé de réformer les politiques de
prêts et les programmes de projets du FMI et de la Banque Mondiale,
l’approche favorite de beaucoup des grandes ONG dans les années 90. Le
coordinateur de la campagne “50 ans, ça suffit!” Sameer Dossani a
exprimé les doutes des participants sur la viabilité d’une approche
réformatrice: “Nous avons critiqué les programmes d’ajustement
structurel, et ils sont venus avec des DSRP [Documents pour une
Stratégie de Réduction de la Pauvreté ].Nous avons demandé l’abolition
de la dette, et ils nous ont répondu avec l’Initiative Pour les Pays
Très Endettés. Avec ces initiatives vouées à l’échec, n’est-ce-pas le
moment de rechercher une approche différente” ?

La crise des deux institutions s’aggravant, les opposants entrevoient la
possibilité d’élaborer une stratégie plus radicale. “Nous nous étions
mis d’accord sur une stratégie pour enlever tout pouvoir à la Banque et
au Fonds Monétaire,” a déclaré Lidy Nacpil de Jubilee South, un
mouvement mondial exigeant l’annulation de la dette, en conclusion des
deux journées de rencontre. Au lieu de lier des conditions aux
opérations du FMI et de la Banque Mondiale pour réduire leurs effets
négatifs, la nouvelle approche identifierait les opérations les plus
vulnérables ou les divisions entre les deux institutions et mènerait des
campagnes mondiales pour leur fermeture avec comme objectif final de
réduire considérablement le pouvoir et l’influence des deux
institutions. “C’est comme lorsqu’on coupe les tentacules d’une
pieuvre,” a déclaré Dossani , “Vous commencez par les endroits les plus
fragiles, et puis vous continuez.”

Parmi les initiatives retenues pour la nouvelle campagne, des
mobilisations de masse et une Conférence internationale sur “Des
alternatives à la Banque Mondiale et au FMI” sont prévues pour
coïncider avec la Rencontre d’Automne entre la Banque Mondiale et le FMI
à Singapour, durant la troisième semaine de septembre.

Par Walden Bello, Professeur de Sociologie à l’Université des Philippines
et Directeur de l’organisme “Focus on the Global South” basé à Bangkok.
Traduction : Alexandre Papadopoulos et Anne De Moerlooze, Coorditrad
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01.07.2006

Brésil : le jour international de la femme, des paysannes manifestent contre les monocultures d'eucalyptus

Le jour international de la femme a été célébré d’une manière
inhabituelle au Brésil.
Le 8 mars dernier au petit matin, près de deux mille femmes agriculteurs appartenant à l’organisation Vía Campesina ont organisé une manifestation éclair dans les installations de l’entreprise de pâte Aracruz Celulose,dans la municipalité de Barra do Ribeiro, près de Porto Alegre. L’établissement Barba Negra est la principale unité de production de plants d’eucalyptus et de pin destinés à alimenter l’usine
de Guaíba de l’entreprise, et il possède même un laboratoire de clonage
de ces essences. L’expansion de la monoculture d’eucalyptus dans l’État de Rio Grande do Sul est en train de transformer la région en un « désert vert » improductif du point de vue de la souveraineté alimentaire. D’après
Christiane Gomes, coordinatrice nationale du MST, ces " déserts verts", qui occupent de grandes étendues de terre qui pourraient être utilisées pour la production d’aliments pour les familles qui attendent
la réforme agraire, font l’objet de critiques de plus en plus fortes dela part des mouvements sociaux. En outre, les plantations industrielles d’eucalyptus détériorent le sol et consomment beaucoup d’eau : chaque
pied d’eucalyptus consomme jusqu’à 30 litres d’eau par jour.

L’entreprise Aracruz Celulose est celle qui possède la plus grande étendue de monocultures industrielles d’eucalyptus : plus de 250 000 hectares plantés lui appartiennent, dont 50 000 rien qu’à Rio Grande do Sul. Si l’on y ajoute les plantations de deux autres entreprises (Votorantim et Stora Enso), la superficie occupée dans cet État par les eucalyptus est de presque 250 000 hectares. Les usines d’Aracruz Celulose produisent 2,4 millions de tonnes par an de pâte blanchie, qui contaminent l’air et l’eau et portent atteinte à la santé humaine.

D’après Via Campesina, les plantations d’eucalyptus ne créent qu’un emploi par 185 hectares, tandis que la petite propriété en crée un à l’hectare. Pourtant, Aracruz Celulose est l’entreprise agro-industrielle qui reçoit
le plus d’argent public : près d’un milliard de dollars au cours des trois dernières années. « Si le désert vert continue de croître, l’eau pour boire et la terre pour produire des aliments manqueront bientôt. Nous ne pouvons pas comprendre qu’un gouvernement qui veut éliminer la faim puisse promouvoir le désert vert, au lieu d’investir dans la réforme agraire et l’agriculture paysanne », lit-on dans le manifeste de Vía Campesina
spécialement rédigé pour être remis aux participants à la 2e Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR) de la FAO.

C’est pour réagir contre ce processus que les femmes sont venues en 37 autobus jusqu’aux pépinières où l’entreprise produit les plants d’eucalyptus pour les gigantesques plantations industrielles qui
alimentent ses usines de pâte. À l’aube et en 20 minutes, le groupe a détruit plusieurs pépinières et environ 8 millions de plants d’eucalyptus ; il est retourné ensuite à Porto Alegre, où il a participé à la marche organisée par Vía Campesina pour célébrer le jour international de la femme. Avec les près de 1 500 personnes du campement de Via Campesina Brasil installé cette semaine à l’occasion de la CIRADR, les femmes ont parcouru cinq kilomètres jusqu’à l’endroit où avait lieu la conférence de la FAO, pour remettre aux représentants des 81 pays présents leur déclaration sur la réforme agraire et le développement rural. À leur arrivée, la Brigade militaire a essayé d’empêcher les femmes de s’approcher de l’entrée. Finalement, des représentants du ministère du
développement agraire et de la FAO ont réussi à obtenir que l’on permette l’entrée de 50 représentants. La ministre du Zimbabwe, qui présidait l’assemblée plénière, a interrompu la session pour céder la parole à deux militantes de Vía Campesina, qui ont lu le manifeste du mouvement.

« Nous nous opposons aux déserts verts, à ces énormes plantations d’eucalyptus, d’acacia et de pin pour l’élaboration de pâte, qui couvrent des milliers d’hectares au Brésil et en Amérique latine. Rien
que dans l’État de Rio Grande do Sul, il y a déjà 200 000 hectares d’eucalyptus. Là où le désert vert avance, la diversité biologique disparaît, les sols se détériorent et les fleuves se tarissent ; à cela s’ajoute la forte contamination provoquée par les usines de pâte, qui polluent l’air et l’eau et menacent la santé humaine », affirment les femmes dans le manifeste de Vía Campesina. D’autre part, elles ont manifesté leur solidarité avecles peuples indigènes dont les terres ont été envahies par Aracruz Celulose dans l’État d’Espírito Santo (voir le bulletin nº 102 du WRM).

Cette action a donné lieu à des protestations irritées de la part de divers organismes étatiques et à des réactions semblables des principaux médias et même de plusieurs organisations non gouvernementales.
Pourtant, quand Aracruz vole les terres des Tupinikim et Guarani et expulse ces derniers par la force, quand elle occupe des milliers d’hectares de sols productifs et les plante d’eucalyptus, quand ses
plantations épuisent les sources d’eau, quand ses usines de pâte contaminent les rivières, elle jouit de l’approbation du gouvernement et ne se heurte pas à l’opposition des médias ni des organisations qui
blâment aujourd’hui l’action des femmes de Vía Campesina. Or, il faudrait commencer par se demander qui a attaqué le premier.
Article fondé sur des informations tirées de : Mulheres da Via Campesina
ocupam fazenda da Aracruz no RS", Vía Campesina, 08/03/2006,
http://viacampesina.org/main_sp/index.php "As lágrimas da Aracruz e a
coragem das mulheres camponesas", Cristiano Navarro, Conselho
Indigenista Missionário,
http://www.cimi.org.br/ ?system=news&action=read&id=1800&eid=259

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Rassembler à Gauche 34. Les lolo's 34 (lio). (22.05.06)

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15.06.2006

Pourquoi l'Europe devrait rejeter le capitalisme de marché des USA

Le spectre du "capitalisme de Marché" anglo-américain a été à la base des manifestations des étudiants en mars et avril et avait déja motivé le rejet populaire de la constitution européenne en France il y a un an.

Les élections qui viennent de confirmer une fragile coalition de Centre-gauche en Italie ainsi que les récents conflits sociaux dans l'industrie allemande s'accompagnent de la même question : comment remodeler les économies nationales ou doit-on même les remodeler ?.

Les défenseurs du nouveau capitalisme modèle et du projet de mondialisation qui l'accompagne le présentent comme une nécessité historique, ayant ses racines dans le système économique classique et basé sur des lois irréfutables. Il s'agit tout simplement du progrès, disent-ils. Ceux qui ne se conforment pas aux règles du "Capitalisme de Marché Moderne" et ne lui offrent pas les sacrifices humains de pertes d'emplois et de baisse des conditions de vie que demande le Marché, tomberont dans le "bas-côté" de l'histoire.
C'est tout bonnement faux, en dépit du fait que ceux qui énoncent de tels aphorismes y croient indubitablement. Le nouveau modèle anglo-américain de capitalisme de marché, à la base de la dérégulation de l'industrie et de la privatisation des services publics dans les années 70 et de la mondialisation des marchés internationaux dans les années 90, ne doit son existence qu'à de libres décisions politiques et à des choix idéologiques qui étaient tout sauf inévitables. L'histoire pourrait, un jour, les présenter comme ayant été des choix pervers et socialement destructifs.
Les deux influences majeures de ce "Nouveau Capitalisme" étaient de nature académique à l'origine et le troisième, fort improbablement, un cas d'égoïsme idéalisé.
La première influence fût la Théorie du Monétarisme économique qui, en principe, excluait toute considération sociale dans les décisions économico-politiques. La politique économique des gouvernements devait n'être seulement qu'une réponse à un seul facteur objectivement déterminable : la masse monétaire disponible.
Le résultat de cette nouvelle théorie fût de "dés-humaniser" la politique économique, précédemment considérée comme ayant des liens étroits avec les considérations politiques, comme cela était le cas avec la tradition "Keynesianne" que le "Monétarisme" récusait. La deuxième influence était principalement politique, une réaction au Totalitarisme du 20ème siècle.

Le politologue et économiste autrichien Friedrich Hayek qui travaillait à Londres dans les années 30, commença par une critique de Keynes, mais par la suite élargit son argumentation jusqu'à présenter comme un principe que toute intervention de l'état dans la société, même dans le cadre d'une démocratie, ne pouvait mener qu'à la "Servitude" (dans "The Road to Serfdom" publié en 1944) .
L'intervention de l'état dans l'économie et la société menaçait la liberté de l'homme. Seul le libre marché garantissait efficacité économique et liberté humaine.
Hayek a eu une grande influence sur Margaret Thatcher.

La troisième influence était plutôt excentrique et importante aux USA. Il s'agissait de l'invention par une romancière russo-américaine, Ayn Raub, d'une "philosophie" de l'égoïsme héroïque et de la poursuite de l'intérêt personnel (contre le bas-peuple et les faibles) par des êtres supérieurs. Ses idées correspondaient aux aspirations d'étudiants influençables (Alan Greenspan était l'un d'entre-eux) et ces vues constituèrent une sorte de culte US des années 50 voire même une sorte de secte.

Voilà ce qui sous-tendait le changement de la culture d'entreprise américaine et du milieu des affaires US qui transforma une institution ayant une identité nationale et contrainte de ménager les intérêts des propriétaires, des employés et de la communauté en une société moderne mondialisée, effectivement contrôlée par ses dirigeants et vouée à un seul objectif : celui de produire des profits pour les actionnaires, tout en payant grassement bien entendu ses dirigeants.
Ce changement transforma le travail en un bien de consommation anonyme, mettant les travailleurs manuels, les employés et les cadres en concurrence avec une masse mondiale illimitée de personnel disponible (à moindre coût ndtr), avec pour résultats la précarité de l'emploi, une baisse ou tout du moins une stagnation des salaires, l'élimination ou la réduction des avantages sociaux et des retraites, accompagnées par la pression sociale destructrice de la diminution des conditions de vie.

Aux USA, le nouveau modèle de culture de l'entreprise a évolué vers une espèce de "capitalisme des copains", dans lequel les intérêts du business et du gouvernement sont étroitement liés de manière corrompue ; le système résistant à toute réforme du fait de la dépendance financière à l'argent versé par les deux principaux partis politiques.
Bien que fréquement décrit comme un pas en avant vers le développement d'une économie internationale nouvelle, le système politico-économique vers lequel ont évolué les USA s'est avéré une régression de bien des aspects cruciaux et s'est montré inéfficace et abusif en matière d'intérêt public.
L'Europe devrait rechercher une évolution sociale et économique selon ses propres critères. Elle est parfaitement capable d'y arriver dans la mesure où elle est une société industrielle moderne qui est statistiquement plus grande et plus riche que les Etats-Unis, et aussi moins prisonnière d'une idéologie obsolète et moins retranchée derrière des intérêts spéciaux, malgré ses problèmes avec le corporatisme des syndicats.
A plus long terme, si les Européens choisissaient un tel projet au lieu de se conformer à la "sagesse" courante en matière d'économie mondialisée, cela servirait les intérêts internationaux aussi bien que ceux de l'Union européenne. Cela pourrait même être utile aux USA dont le futur est maintenant menacé par les excès et erreurs économiques ainsi que par des ambitions politiques et militaires irréalisables.

Par William Pfaff (Publié dans l'International Herald Tribune des 29 et 30 Avril 2006)
Traduction : Stan Gir et Anne De Moerlooze, traducteurs bénévoles de Coorditrad

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04.05.2006

CONTRAT UNIQUE : UN CPE À VIE

La flexibilité de l’emploi améliore-t-elle l’emploi ? Rien de robuste ne
permet de l’affirmer. L’OCDE elle-même [1] indique que « dans
l’ensemble, les travaux théoriques n’apportent pas de réponses tranchées
quant aux effets de la protection de l’emploi sur le chômage et l’emploi
». La flexibilité de l’emploi rend les embauches et les ruptures plus
fréquentes. Chacun a plus de chance de sortir du chômage mais aussi de
s’y retrouver. Mais cette flexibilité ne permet pas en elle-même de
réduire le chômage. La Suède ou la Norvège n’ont-elles pas une
protection de l’emploi rigoureuse avec un taux de chômage faible et une
faible part de chômeurs de longue durée ?

En dépit de ces réfutations, les libéraux abondent dans le sens de la
flexibilité généralisée de l’emploi. Le thème de la flexicurité qui
légitime dans son intitulé même l’idée que cette flexibilité doit être
considérée comme « la » norme est une véritable « aubaine argumentative
» pour eux. Ainsi, le rapport Cahuc et Kramarz (2004) n’hésite pas à
retenir le terme de sécurité sociale professionnelle, ce qui explique
d’ailleurs le ralliement de Nicolas Sarkozy, commanditaire de ce rapport
avec Jean-Louis Borloo, à cette notion avancée par la CGT. Sa principale
proposition est de créer un contrat de travail unique à contraintes
allégées en supprimant, pour l’ensemble des salariés, les règles
juridiques qui entourent le licenciement économique. Ne subsisteraient
que des indemnités de licenciement croissantes avec l’ancienneté. « Le
CPE pour tous, toute la vie durant », telle est, au fond, la logique
retenue.

La justification théorique est qu’un « prix », en l’occurrence une
indemnité de licenciement, vaut toujours mieux qu’une règle juridique.
On est bien en présence d’une appréhension purement libérale du droit.
Ce à quoi on peut opposer que si le droit du travail peut être une
contrainte, c’est même sa raison d’être, il est aussi une « ressource »
à l’origine de substantielles économies. Le Code du travail peut ainsi
être lu comme un ensemble de règles, le plus souvent appliquées comme «
allant de soi », qui stabilise la relation entre l’employeur et les
salariés, leur épargne de coûteuses négociations et conflits et favorise
la coopération sans laquelle aucune production n’est possible. Que
serait la relation entre un employeur et un salarié s’ils devaient
discuter et négocier tous les termes de leur relation (salaire, horaires
de travail, congés, conditions de travail, etc.) ? Pour l’imaginer, il
suffit de penser à ce que serait le trafic routier, si à chaque
carrefour, en lieu et place de feux de signalisation, les agents
individuels devaient négocier entre eux un « prix » pour céder le
passage.

Jusqu’à présent les libéraux plaidaient plutôt en faveur des contrats
atypiques (CDD, intérim, etc.). Comment interpréter le tournant en
faveur du contrat unique ? L’explication est simple : face au CDI, les
libéraux plaide pour la diversification. Une fois celle-ci acquise, ils
prennent prétexte de la segmentation ainsi introduite pour justifier une
fusion des contrats dans le cadre d’un CDI unique rendu plus flexible
encore que le CDD. Partant de là, l’étape suivante est facile à
imaginer. On peut parier que si le contrat unique est introduit, moult
travaux ne manqueront d’apparaître pour pointer le coût « pénalisant
pour l’emploi » de la seule « règle » qui existera alors : les dites
indemnités. La même grosse ficelle existe dans les dispositifs de «
sécurisation » envisagée par les libéraux pour faire contrepoids à la
flexibilité sans limite offerte aux entreprises. Le rapport de Virville
(2004) est une véritable perle de ce point de vue. L’une de ses sections
s’intitule « Sécuriser la relation de travail et favoriser le
développement de l’emploi ». Or, c’est dans celle-ci que l’on trouve
deux de ses propositions les plus radicales : le contrat de projet dont
la durée peut excéder 18 mois et le développement du travail indépendant.

Que nous dit le rapport Cahuc et Kramarz en matière de sécurité apportée
aux travailleurs ? Il se prononce pour une réduction drastique des
allocations d’assurance chômage qui dépassent un certain plafond, ce qui
permettrait de « réaliser des économies substantielles ». Il plaide pour
un « profilage » systématique des chômeurs, réalisé par des opérateurs
privés. Il se prononce enfin et surtout pour une « conditionnalité
accrue » des allocations. Les chômeurs « s’ils veulent continuer à
bénéficier de l’indemnité chômage » doivent accepter « une activité à
temps partiel » (stage ou emploi d’utilité collective). Le un workfare
en guise de sécurité sociale professionnelle donc.

Note :

[1] Dans Perspective de l’emploi, 2004.

Par Christophe Ramaux, membre du Conseil scientifique d’Attac
Tribune paru dans Politis du 20 avril 2006

COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°551)
Mercredi 3/05/06

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Rassembler à Gauche 34. Lolo34.

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